mardi 8 décembre 2015

Paradigme scientifique

Un commentaire d'Hadrien dans le précédent article m'a permis de prendre conscience d'un malentendu possible concernant l'usage du terme "paradigme scientifique".
En effet, dans l'article "de l'âge de raison à l'âge de sagesse", je critiquais et annonçais la fin du "paradigme scientifique" et dans l'article précédent (humanity next stage), j'expliquais que tous les paradigmes précédents continuent à coexister dans la société, mais peuvent être dépassés et englobés par un niveau de développement supérieur.
Le niveau de développement "Teal" (décrit à la fin de l'article précédent) constitue d'ailleurs le premier niveau qui intègre la multiplicité des perspectives (des points de vue), sans n'en préférer aucune.
Il est issu de la théorie intégrale qui développe justement la philosophie que toutes les perspectives sont importantes et doivent être intégrées pour percevoir la réalité entièrement (sous toutes ses facettes) alors que les paradigmes des niveaux précédent (vert, orange, ambre etc.) clamaient tous que ceux qui les précédaient étaient obsolètes.


Pour revenir sur l'expression "paradigme scientifique", en effet: elle prête à confusion.
Mais dans la définition de wikipedia on trouve cela qui exprime parfaitement ma pensée:

"Un paradigme est une représentation du monde, une manière de voir les choses, un modèle cohérent de vision du monde (...) C'est une forme de rail de la pensée dont les lois ne doivent pas être confondues avec celles d'un autre paradigme et qui, le cas échéant, peuvent aussi faire obstacle à l’introduction de nouvelles solutions mieux adaptées. Cette notion est rattachée à celle d'idéologie (...)"

Pour être plus clair, et en référence au paradigme teal-intégral, qui est plutôt inclusif, ce que je dénonce s'appellerait plutôt "paradigme scientifique-only", qui désigne une vision du monde uniquement scientifique, où tout ce qui n'est pas prouvé scientifiquement et tout ce qui ne relève pas de la science (de préférence "dure") est rejeté systématiquement.
On pourrait dire aussi "paradigme de la science omnipotente".

Donc, pour répondre très précisément à la question dans le commentaire d'Hadrien:
Les neurosciences et la psychologie remettent en question le paradigme scientifique parce que "la science ne permet pas de prévoir les comportements humains (et les systèmes chaotiques)".
Il est donc nécessaire de s'appuyer sur autre chose.
Par exemple, dans le domaine de la prise de décision: on peut décider dans la vie courante autrement qu'en s'appuyant sur une vision rationnelle des choses:
On peut par exemple s'appuyer sur des intuitions (je reviendrais sur ce point dans un prochain article) ou des émotions (voir cet article), sans forcément comprendre scientifiquement comment cela fonctionne.
Force est de constater que tout cela n'est pas d'usage dans les organisations actuelles qui, la plupart du temps, exigent des preuves et des éléments rationnels pour prendre des décisions.

Personnellement, j'adore la science (ça doit se voir dans mes articles) et je suis moi-même un pur produit du "paradigme scientifique" (je suis de formation scientifique, ingénieur, avec un fort penchant pour la recherche) et c'est d'ailleurs bien de la tradition scientifique que je me réclame lorsque je conteste l'utilisation de ce paradigme pour organiser l'ensemble de la société.

Les découvertes de Newton, d'Einstein, d'Heisenberg, de Watson et Crick sont formidables mais ne sont pas nécessaires et sont de bien peu d'aide dans la vie courante.

La plupart du temps, je n'ai pas besoin de la théorie quantique ou de la thermodynamique pour utiliser mon ordinateur ou mon frigidaire. Je m'appuie sur une culture existante: sur la connaissance, le savoir, et le savoir-faire d'autrui.

La science classique est passionnante mais elle n'est pas un guide très opérationnel pour la vie de tous les jours.

Nous n'avons pas attendu Newton pour ne pas nous jeter du haut d'une falaise:
Les relations sociales (la protection de nos parents lorsque nous étions enfants) et la méthode empirique suffisent (étant enfant, je me suis cassé le bras en tombant d'une balançoire, ce qui a constitué la base de mon expérimentation empirique de la théorie de Newton: oui, les corps, comme les pommes, chutent).

Or le "paradigme scientifique" (je réalise maintenant à quel point ce terme est ambigu en effet), c'est justement de penser:
- que la science est omnipotente (Voir "hubris"dans l'introduction de la saison 2)
- qu'on peut tout savoir et prévoir "scientifiquement" (ce que la science elle-même réfute)
- qu'on doit organiser nos sociétés "scientifiquement" au nom de la conduite rationnelle des choses alors que la conduite des hommes et des organisations ne rentre absolument pas dans le domaine de validité actuel de la science.

Voilà quelques éléments qui permettent de comprendre pourquoi dans mon cursus "scientifique" (relativement classique), je n'ai jamais eu le moindre cours de psychologie, une science "molle" dont nous aurions pourtant bien besoin pour nous comprendre les uns les autres et vivre ensemble.
En France, dans tout le cursus scolaire jusqu'au Baccalauréat, il n'y a pas de psychologie, ni de cours de communication. Même les professeurs ne sont pas formés à la psychologie!
Personnellement, j'ai eu la semaine dernière une formation de 3 jours sur une méthode de profilage issue de la recherche américaine en psychologie qui serait bien utile à tous ceux qui sortent du lycée. (3 jours, c'est tout juste une initiation mais ça donne un point d'entrée)

Le comble du "paradigme scientifique", c'est la gestion du risque: par exemple, lorsque la société (qui pense que la science peut tout) demande à la science de lui assurer un risque zéro:
Ainsi le "principe de précaution" demande aux scientifiques de produire la preuve qu'il n'existe pas de risque, ce qui constitue un magnifique exemple de ce que la science ne peut pas faire (voir mon article "le problème de l'induction"), mais que la société croit dur comme fer qu'elle le peut.

La science ne peut pas nous dire si oui ou non nous devrions manger des aliments contenant des OGM: elle n'en sait rien.
C'est un choix de société.

Pour faire le lien avec la saison 3, un usage courant du "paradigme scientifique" appliqué aux entreprises porte le nom évocateur de "rationalisation".

Voici la définition qu'on trouve pour ce mot sur un dictionnaire Internet:
"En économie, la rationalisation vise à réorganiser un processus, un groupe ou une entreprise afin d'accroître son efficacité économique ou d'améliorer son fonctionnement. Elle s'accompagne de l'utilisation de ratios mathématiques, indicateurs de performance, qui mesurent les points clés de son fonctionnement."
Or ces ratios, indicateurs etc. sont en général ce qu'on appelle financièrement des "hard numbers" (salaires, frais de fonctionnement etc.) qui par définition ne prennent pas en compte les intangibles... comme les relations humaines, la psychologie de la motivation ou l'innovation par exemple...

Je reviendrais sur la "rationalisation économique" dans un article ultérieur de cette saison.

Post scriptum
@Hadrien: merci encore pour ton commentaire et j'espère avoir dissipé le malentendu.

Source:
Le dessin du risque zéro sur ce site.

15 commentaires:

  1. Merci. Je ne m'attendais pas à une réponse-article ;)

    J'avais compris "le paradigme scientifique" comme l'ensemble des usages qui permettent de lire le monde via "des lunettes scientifiques", en appliquant la méthode scientifique, ce qui inclue aussi le doute, l'auto-critique etc... Bref, pas forcement du scientisme.

    A noter aussi la différence entre "le paradigme scientifique" et l'expression plus courante "un paradigme scientifique", objet d'étude de Kuhn,

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    1. @Hadrien: ton commentaire le vaut bien :)
      Je distingue "scientisme" et "paradigme scientifique".
      Le scientisme est plutôt une philosophie réfléchie et consciente (selon wikipedia : le scientisme est l'idéologie selon laquelle tous les problèmes de l'humanité et du monde pourraient être réglés au mieux si ce n'est parfaitement suivant le paradigme de la méthode scientifique)
      Le "paradigme scientifique" est plutôt un biais inconscient, une vision du monde à travers un filtre (des lunettes dont on n'a pas conscience de les porter) et qui doit être consciemment combattu si on veut éviter d'y succomber dans les situations où le savoir scientifique ne s'applique pas.

      Le paradigme scientifique de Kuhn est un bon exemple de ce biais appliqué à la communauté scientifique elle même.

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  2. Je crois qu'il y a méprise sur le terme paradigme scientifique. Celui-ci signifie juste que la science est constitué d’expériences reproductibles qui sont reliées par des lois qui sont prédictives et réfutables. Les mots importants sont reproductible, prédictive et réfutable.

    Les sciences ne dissent rien sur les "meilleurs organisations sociales". L'équation de Schrodinger est suffisante pour décrire toutes les interactions chimiques. Nous pouvons a priori décrire le fonctionnement d'une cellule vivante. En pratique la description de la cellule se fait à un niveau plus élevé, cela ne remets pas en cause la mécanique quantique et l'équation de Schrodinger. Pour chaque domaine il faut utiliser les outils les plus adaptés.

    J'ai l'impression que ce texte charge "le paradigme scientifique" de tout les mots, il serait responsable de tout les mots du monde moderne. Il ne faut pas confondre "argument scientifique" et science. L'astrologie abuse du jargon scientifique avec les planètes (en rajoutant même des planètes au fur et à mesure de leurs découvertes) et des jolies diagramme, mais elle n'est pas scientifique car non réfutable par principe.

    De toute façon ce texte à pour but d'affaiblir la raison, pour promouvoir l'irrationalité. Quand je lit "teal" pour un niveau de dévellopement humain, avec une jolie petite histoire d'humanité qui progresse mes barrières se lèves.

    Je vous dit bonne chance avec la scientologie, renseignait vous avant d'avoir le doigt dans l'engrenage.

    Bisous a Xenus

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    1. En effet si le terme "paradigme scientifique" conduit à penser que ce blog promeut la scientologie et l'irrationalité, ça méritait bien un article d'explication, apparemment insuffisant, donc je me permet de compléter par cette réponse :
      Ta définition de "paradigme scientifique" est erronée (voir wikipedia).
      Je te conseille tout de même de lire tous les autres articles de ce blog qui n'ont rien d'esoterique et devraient, je l'espère, te rassurer.

      "Teal" veut simplement dire "turquoise" et n'a rien d'esoterique non plus : certains spécialistes du développement ont simplement pris pour habitude de désigner les différents stades de développement par des couleurs pour éviter les effets simplificateurs d'un mot qui rendrait incorrectement la complexité du concept.

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  3. En effet le terme est peut être mal choisi. "(un) paradigme (scientifique)" a été introduit par Kuhn pour designer une théorie scientifique bien établie, accompagnée de certaines pratiques, croyances et présupposés implicite, techniques expérimentales etc. transmis par l'enseignement, les manuels ou "sur le tas"... C'est à dire un cadre général au sein duquel les scientifiques d'une discipline travaillent. Par exemple : la théorie de l'évolution est un paradigme scientifique en biologie, la relativité en physique. Le terme déjà critiqué pour être relativement vague chez Kuhn, est aujourd'hui galvaudé, donc encore plus vague, pour designer une "façon de voir le monde". Il est très souvent utilisés par les scientifiques amateurs en mal de reconnaissance (qui ne proposent rien de moins que de "renverser le paradigme dominant" constitué par la communauté scientifique qui ne reconnaît pas leurs travaux à leur juste valeur...).

    En fait ce que vous décrivez dans cet article est simplement une position philosophique qu'on appelle scientisme ou positivisme. Vous auriez pu dire "paradigme scientiste" plutôt, mais je ne suis pas certain qu'il faille parler de paradigme. Après tout on peut très bien faire de la science et le faire bien (proposer de nouvelles hypothèses, mener des expériences...) sans penser que la science explique tout. Il ne s'agit donc pas selon moi d'un cadre au sein desquels les scientifiques travaillent, seulement d'une position que certains, scientifiques ou non, défendent.

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    1. Oui on dirait que le terme porte à confusion et en tous cas, il a l'air plutôt chargé émotionnellement.
      "on peut très bien faire de la science et le faire bien sans penser que la science explique tout":
      Oui, ce n'est pas du tout mon propos.
      Comme expliqué dans un commentaire plus haut: je fais la distinction entre scientisme (préjugé conscient, position idéologique) et "paradigme scientifique" (préjugé inconscient, "implicite, transmis par l'enseignement, les manuels" etc.)

      Ce n'est pas en effet quelque chose de spécifique aux scientifiques mais plutôt à la société en général.

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  4. J'ajouterais que le fait qu'il existe des systèmes chaotiques, donc des limites à nous prédictions, ne me semble pas être un bon argument contre le positivisme (qui de toute façon n'est plus guère défendu en philosophie des sciences depuis l'après guerre). Ce n'est pas parce qu'un système comme le climat est imprévisible à long terme qu'il existe d'autres moyens non scientifiques de mieux le prédire, ou que "la science n'explique pas tout".

    Le fait qui y ait spécialisation des savoirs, et pas de psychologie dans les cursus de physique, ne me semble pas non plus indiquer qu'il y aurait un "paradigme scientiste" qui serait dominant dans la société. Les scientistes sont souvent réductionnistes (ils affirment que tout se réduit à la physique), et l'idée serait que seule la physique est importante ? Mais les psychologues n'apprennent pas non plus la physique... Et il y a bien de l'histoire et de la biologie au lycée.

    Enfin le fait qu'on s'appuie sur un grand nombre de connaissances tacites dans la vie de tous les jours n'implique pas que toutes ces choses ne pourraient en principe être expliquées ou prédites scientifiquement comme le voudrait un positiviste, qui pourra faire valoir que l'évolution nous a doté d'un système cognitif adapté au monde.

    Je fais l'avocat du diable parce qu'à mon avis il existe de meilleurs arguments contre le scientisme, comme le fait que nous théories s'accompagnent toujours d'une interprétation philosophique, qu'elles ne sont jamais directement testées de manière stricte, mais seulement au sein d'une vision du monde plus englobante, que les observations sont "teintées de théorie" etc (autant de points relevés par Kuhn ou Quine il y a plusieurs décennies, voire avant par Duhem ou Poincaré).

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    1. Très chargés émotionnellement ces commentaires. Je vois que l'article suscite le débat.

      "Ce n'est pas parce qu'un système comme le climat est imprévisible à long terme qu'il existe d'autres moyens non scientifiques de mieux le prédire":
      Encore une fois, ce n'est pas mon propos.

      Je n'ai pas parlé de mettre de la psychologie dans les cursus de physique: j'ai dit qu'il n'y en avait pas au lycée.

      J'ai aussi dit qu'il n'y en avait pas dans les cursus de la plupart des enseignants, ce qui me semble plus que discutable:
      L'enseignement, c'est à 80% de la psychologie, non?

      "Il y a bien de l'histoire et de la biologie au lycée (...) ne me semble pas non plus indiquer qu'il y aurait un paradigme scientiste":
      Comme quoi, le "biais scientiste" (je change de terme si tu préfères) est totalement inconscient: il suffit de regarder les coefficients qui sont appliqués à ces matières.
      D'ailleurs une partie de la communauté des biologistes est clairement réductionniste (certains affirment que tout se réduit à l'ADN).

      Entièrement d'accord sur la dernière partie de ton commentaire sur le fait que "les observations sont teintées de théorie": c'est effectivement le point relevé par Kuhn dans "La structure des révolutions scientifiques".
      Et c'est justement ce que je combats dans ce blog: les préjugés (et en particulier les préjugés inconscients).

      La raison pour laquelle j'insiste sur la psychologie expérimentale et les neurosciences (voir les articles de la saison 2 de ce blog), c'est que la psychologie expérimentale a brillamment montré qu'un grand nombre de ces biais cognitifs (lié à une pensée sur-rationnalisante) sont inconscients et s'appliquent à toute la société (ils n'ont rien de spécifique aux scientifiques eux-mêmes, qui d'ailleurs en sont plutôt plus conscients que le reste de la société).

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    2. Désolé si je donne l'impression d'être "chargé émotionnellement". En fait j'essaie juste d'argumenter là où je suis en désaccords mais au fond je suis plutôt d'accord avec l'ensemble de l'article (peut être un biais cognitif lié à la communication écrite ;-))

      J'admet qu'il y a certainement un biais en faveur des sciences dures dans l'éducation. Je ne suis pas certain qu'il faille parler de "paradigme scientifique" ou de biais scientiste à ce sujet, au sens d'une transmission implicite de l'idée suivant laquelle "la science explique tout". Peut être qu'il faudrait demander à un sociologue ou à un historien de l'éducation.

      Sur les systèmes chaotiques etc. je voulais dire qu'il ne suffit pas de constater que la prédiction scientifique a ses limites ou que nous avons des connaissances pratiques utiles au quotidien indépendamment des sciences pour rejeter le scientisme. Il faut encore montrer que ces connaissances pratiques sont irréductibles, même en principe, à la science, qu'il s'agit vraiment de "quelque chose en plus", qu'on a besoin d'une "intuition" qui ne se réduit pas aux sciences, voire qui pourrait palier à ses limites, ce qui n'est pas forcément évident. Les thèses de Kuhn me semblent justement aller dans ce sens, dans le sens où elles affirmeraient que la science elle même ne peut se passer d'un tel cadre "intuitif".

      Sur les biais cognitifs par contre je ne suis pas certain de comprendre. Ceux ci sont justement mis en avant par les mouvements rationalistes pour "démonter" les croyances non fondées sur la science, avec derrière l'idée que la méthode scientifique (la confrontation systématique à l'expérience) est ce qui permet de s'en affranchir, et justement que l'ensemble de notre savoir pratique, celui qu'on utilise au quotidien, est faillible. Tu sembles utiliser ces biais d'une autre manière : ils montreraient que la science ne peut prédire les comportements humains. Mais la psychologie n'est elle pas une science ? Et la connaissance de ces biais ne permet elle pas justement de mieux prédire les comportements humains ?

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    3. Je me permet également de mettre en lien des articles sur le sujet : http://philosophiedessciences.blogspot.fr/2014/02/scientisme-et-empirisme.html http://philosophiedessciences.blogspot.fr/2014/02/scientisme-et-empirisme-suite-la.html

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    4. Le problème d'un biais cognitif est qu'il est, au départ, totalement inconscient.
      J'ai déjà parlé de l'influence de ce "biais scientiste" sur l'organisation des entreprises dans mon précédent article "L'entreprise-machine".
      Mais l'éducation nationale est également un superbe exemple d'organisation structurée suivant un "biais scientiste":
      Il suffit:
      - comme je le disais dans mon commentaire précédent, de constater les coefficients appliqués aux différentes matières (Je me demande bien qui décide de ça? J’aimerais bien assister à ce genre de réunion juste pour rigoler :))
      - ou le fait que la formation des enseignants contient 0% de psychologie
      - ou le fait que les élèves sont "usinés" par lots d'environ 25 élèves suivant un processus séquentiel et linéaire qui les amène d'un point A à un point B de la connaissance qu'ils sont censés acquérir par classe d’âge, en suivant des "modules" de formation (vocabulaire machiniste et computationnel).
      Oui je pense qu'il y a un "biais scientiste" dans la société en général: un biais social devenu un biais cognitif (et vice-versa) qui forme donc une culture (c’est-à-dire un paradigme)
      Sur le fait que "il ne suffit pas de montrer que la prédiction scientifique à ses limites" et que "il faut encore montrer sur ces connaissances pratiques ont quelque chose de plus":
      C'est ce que je m'appliquerai à faire dans le prochain article.
      Cela étant, je ne suis même pas d'accord avec ton argument, qui, en lui-même, révèle un "biais scientiste":
      En toute logique, il m'est suffisant de constater que la connaissance scientifique est limitée pour ne pas y faire référence au-delà de ces limites (du moment que ces limites sont connues à un instant donné).
      Le fait de me demander de "prouver" qu'il existe une meilleure méthode révèle que tu t'adresses à moi depuis une perspective rationaliste.
      En effet, quand bien même il n'existerait rien de mieux que la méthode scientifique, je pourrais (à un instant donné) confier mes décisions au hasard, à mon intuition, à mes convictions, à une tradition, à mon expérience personnelle, à dieu (pour les croyants) ou à n'importe quoi d'autre.
      Si ma conviction est que la méthode scientifique me permet de prendre la meilleure décision, alors il me faut également accepter que ce sera dans un temps long (et pas dans l’instant), ce qui a, en soi, au moins cet inconvénient. (Voir mon article "l’émotion")
      Sur la dernière partie, tu as tout à fait raison : étant moi-même de tradition scientifique, je m’appuie sur la science (la psychologie) simplement pour montrer là où la science (actuelle) ne s’applique pas.
      Certes, la science peut étendre son domaine de validité dans un futur proche ou lointain (vu qu'elle est évolutive) mais il n'est pas forcément rationnel de rester dans l'indécision pour un temps indéfini, c'est pourquoi je dis que la science n'est pas toujours forcément très "opérationnelle" dans la vie de tous les jours.

      Concernant la psychologie et les biais cognitifs, c’est que c’est une science "molle":
      Si certains biais sont "hard-codés", le simple fait d’en prendre conscience permet, sinon de les éviter, tout au moins de les atténuer et en tous cas de prendre des mesures consciente pour les éviter.
      Ce qui fait qu’un psychologue est comme un physicien face à une particule quantique: le simple fait d’observer change le comportement.
      C’est pourquoi cette science ne permet pas de prédire des comportements individuels ou des changements de paradigme (des points de rupture).
      Et c’est ce qui fait tout son charme :)

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    5. PS
      J'ai consulté les 2 articles de ton blog qui sont intéressants en effet.
      J'ai trouvé celui-ci qui m'a l'air encore plus proche du sujet:
      http://philosophiedessciences.blogspot.fr/2014/03/la-science-ce-ne-sont-que-des-theories.html

      Bravo en tous cas pour ton blog.

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    6. Merci en effet cet article est peut être plus proche

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  5. @Anonyme @Quentin (et @all):
    J'ai l'impression que l'usage du terme "paradigme scientifique" (au sens de Kuhn) a été pris personnellement par une partie des lecteurs (ou au minimum mal interprété)
    Je m'en excuse et je réitère que cette expression ne remet en cause:
    - Ni les scientifiques
    - Ni la science

    Je prépare une petite série d'article (à paraître prochainement) qui devrait vous intéresser et éclairer sous un autre angle ce qu'on désigne habituellement par "paradigme scientifique", terme que je me propose d'essayer de remplacer par "pensée sur-rationnalisante" dans la mesure du possible.

    Si d'aventure il m'arrivait de l'utiliser, veuillez croire que c'est dans le sens originel de Kuhn (Voir l'article à son sujet sur wikipedia) et non dans une acception ésotérique déformée.

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    1. Dernière petite précision : "Adhésion au paradigme scientifique au sens originel de Kuhn" = le paradigme scientifique en tant que phénomène social.

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